lecube    independent art room    rabat - morocco

bauhaus imaginista: learning from

Avec Kader Attia, Marion von Osten et Grant Watson, Maud Houssais et Fatima-Zahra Lakrissa

23.03. - 20.04.2018

Kader Attia, "Signs of Reappropriation as Repair", 2017, Single projection of 80 slides
Courtesy of the artist
Kader Attia, "Signs of Reappropriation as Repair", 2017, Single projection of 80 slides
Courtesy of the artist
 
Vendredi 23 mars à 17h : Rencontre au Goethe-Institut de Rabat
avec Kader Attia (artiste, Berlin), Marion von Osten et Grant Watson (curateurs de bauhaus imaginista, Berlin/Londres), Maud Houssais et Fatima-Zahra Lakrissa (chercheuses en histoire de l'art, Rabat)
 

Vendredi 23 mars à 19h: Vernissage au Cube - independent art room
Exposition jusqu'au 20 avril 2018

Samedi 24 mars: workshop avec Marion von Osten et Kader Attia au Cube - independent art room


En 1910, l'exposition « Chefs-d'œuvre de l'art mahométan » à Munich présentait des tapis exposés sur les murs comme des peintures ; exposition qui a incité de nombreux européens à visiter le Maghreb pour étudier ses savoirs artisanaux locaux. 
En 1927 - 13 ans après son voyage à Tunis - Paul Klee, alors enseignant au Bauhaus, a créé un dessin inspiré des ‘Kilims’ monochromes réalisés par des Berbères tunisiens. En étudiant sa structure et ses motifs, Klee a développé une relation entre l'objet artisanal, les arts décoratifs et un langage spécifique de l'abstraction.
 
Le dessin « Teppich » (tapis) de Klee est l’un des quatre objets sur lesquels se focalise le programme bauhaus imaginista. Il met en lumière l'une des nombreuses tentatives des artistes du Bauhaus d’apprendre des pratiques pré-modernes et de déclencher des débats autour des lectures transculturelles des objets vernaculaires. Le dessin de Klee ouvre la question d'un point de vue contemporain : comment et à travers quels cadres les objets d'artisanat sont transformés en une œuvre d'art ou un design innovant ? Qu'est-ce qui est acquit et qu'est-ce qui est dissimulé dans de telles lectures?
 
Selon l'artiste franco-algérien Kader Attia, les objets non-occidentaux que l’on retrouve dans les musées, comme les tapis berbères, ont été détachés de leur signification originelle avec leur retrait de leur contexte initial. Par un processus inconscient, ils ont été nettoyés du corps physique et social auquel ils doivent être reliés pour fonctionner et être complets. Pour comprendre pleinement l'identité d'un objet, Attia soutient que nous devons le reconnecter au corps.
Dans le cadre de bauhaus imaginista, Kader Attia produit un nouveau film, basé sur des études sur des bijoux berbères qui, en plus des métaux traditionnels et des pierres précieuses, ont également utilisé des pièces de monnaie importées par les puissances coloniales. Au travers de l'appropriation de la monnaie européenne, cet argent s'est détaché de sa valeur originelle. Les photographies de bijoux berbères tirées du nouveau film d'Attia dévoilent une relation complice entre tradition et modernité et soulignent comment les rencontres interculturelles déclenchent toujours un processus sans fin d'échange et de réappropriation.
 
C'est ce processus ouvert de lectures transculturelles qui a également été à la base du mouvement artistique post-indépendantiste marocain des années 1960. Les artistes et designers de Casablanca ont revisité le programme du Bauhaus en se tournant vers l'artisanat local. Pour eux, comme le démontrent les recherches réalisées par Maud Houssais ici présentées, l'artisanat amazigh offrait une alternative à l'éducation artistique classique issues de la tradition des Beaux-Arts mise en œuvre sous la domination coloniale française. Affirmant la nécessité de décoloniser la culture et le programme des écoles d'art, les artistes et intellectuels comme Farid Belkahia, Mohamed Chabâa, Bernt Flint, Toni Maraini et Mohamed Melehi ont revisité les formes d'art populaire pour créer une nouvelle langue post-coloniale visant à repenser les arts. Ces interpénétrations entre différentes structures de connaissances, qui dépassent la hiérarchie habituelle entre le manuel et le l’intellectuel, entre la culture populaire et la culture de l'élite, est toujours un défi pour les institutions artistiques d'aujourd'hui.
 
Comment la lecture des cultures peut-elle être décolonisée ? Avec le lancement du programme annuel de bauhaus imaginista à Rabat les 23 et 24 mars 2018, cette question se reflète dans l'étude des objets vernaculaires et des projets parallèles au XXe siècle qui voulaient dépasser les paradigmes occidentaux de la production de connaissances et transfert.
 
http://www.bauhaus-imaginista.org/editions/3/learning-from
 
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Le programme international d’expositions et de recherche bauhaus imaginista sera lancé au Maroc le 23 mars à l’occasion du centenaire de la fondation du Bauhaus - célèbre école allemande d’art, de design et d’architecture.
En présence de Kader Attia (artiste franco-algérien basé à Berlin), une table ronde, une exposition et un atelier exploreront les connections et les transferts culturels opérant entre le mouvement allemand du Bauhaus et les artistes et artisansformes d’art traditionnels et modernes d’Afrique du Nord. 
Cet évènement inaugure le cycle bauhaus imaginista, un programme international de recherche, d’expositions et d’évènements consacré à la réception du Bauhaus dans le monde au cours du 20ème siècle.

Le projet est financé par la déléguée du gouvernement fédéral allemand à la Culture et aux Médias, la Fondation fédérale allemande pour la Culture, le Ministère allemand des Affaires étrangères, et suivi par les médias 3sat et Deutschlandfunk Kultur.
bauhaus imaginista est réalisé en collaboration avec le China Design Museum / China Academy of Arts (Hangzhou), l’Independent Administrative Institution of National Museum of Art / The National Museum of Modern Art Kyoto, Garage Museum of Contemporary Art (Moscou), SESC São Paulo et Le Cube – independent art room (Rabat).
Projet réalisé en partenariat avec les Goethe-Instituts en Chine, New Delhi, Lagos, Moscou, New York, Rabat, São Paulo et Tokyo.
 
FE