Dans cette exposition curatée par Nicole Haitzinger, deux positions artistiques sont présentées, celles d’Anja Manfredi et de Ziad Naitaddi, qui abordent la chaîne de l’Atlas depuis deux perspectives différentes : tandis qu’Anja Manfredi interprète les mythes de l’Atlas d’un point de vue féminin, Ziad Naitaddi s’interroge de manière critique sur les conséquences de la surmédiatisation pour les habitantes des villages et sur leurs réalités de vie après le grand séisme de 2023.
Anja Manfredi présente à Rabat un ensemble de regards relationnels sur l’Atlas : en entrée, on voit l’Atlas comme une formation rocheuse photographiée en analogique, qui évoque des récits. L’un des mythes les plus connus est celui de la figure titanique d’Atlas, qui apparaît dans la constellation d’Anja Manfredi sur le mur opposé, gravé dans la lumière par une photographie analogique de l’Atlas Farnèse : la figure se penche sous le poids du monde et porte en même temps la voûte céleste. Un autre souvenir du fait de porter une charge apparaît sur le rideau, où le premier vertèbre cervicale — qui n’est pas nommée « atlas » par hasard — est mise en lumière.
Le port de charges par des figures féminines devient finalement un motif central dans la mise en scène d’un petit atlas d’images à la manière warburgienne : ici, de petites photographies analogiques sont agencées selon le principe des similitudes. L’Atlas isolé, connoté comme masculin dans l’histoire de l’art, et les cariatides, connotées comme féminines et formant un groupe, apparaissent soudain dans des variations contemporaines et inattendues : abstraites et figuratives, ainsi que dans des réinterprétations performatives. L’artiste Amina Ben Hassen traduit le port des charges des cariatides dans un voguing queer. La chorégraphe contemporaine Doris Uhlich transforme la position courbée de l’Atlas Farnèse en un geste de projection émancipateur. Et dans l’autoportrait d’Anja Manfredi lié à l’Atlas, avec des patrons textiles, le geste constant de dévoilement/voilement devient finalement visible.
(Nicole Haitzinger)
Le projet The Presents marque un retour au Haut Atlas après le tremblement de terre du 8 septembre 2023, qui a fait 3 000 morts. Le projet interroge la capacité des images et des sons à traduire la réalité et à transmettre l’information à l’ère des réseaux sociaux. Avant le séisme, les paysages, les objets et les lieux portaient déjà l’absence des jeunes partis. Ces vestiges, derniers témoins silencieux d’un quotidien marqué par la migration, conservaient la mémoire — les traces tangibles de ceux qui avaient dû quitter la région. Après la catastrophe, même ces traces, derniers signes d’une existence passée, ont été effacées, « exilées vers le néant ». La migration devient alors question : peut-on la considérer comme une forme de destruction ou d’invisibilisation ? Cette figure invisible, fantomatique et pourtant centrale, constitue le cœur de cette recherche.
Le projet vise à repenser la représentation sociale et à déconstruire les récits tenus pour des vérités sur un territoire marginalisé, géographiquement et politiquement, où l’exil forcé demeure une réalité. En installant des éléments qui incarnent la décomposition de cette réalité et en adoptant une approche visuelle immersive — jeux de formes, superpositions, variations de teintes — l’œuvre se déploie en une pluralité d’images. Ces images amplifient les contrastes et les perceptions de l’avant, du pendant et de l’après-séisme, posant une question fondamentale : comment représenter ce qui échappe ?
Le projet se nourrit aussi de la surmédiatisation fulgurante de la région au moment du séisme, suivie d’un retour tout aussi rapide à l’oubli. Ce va-et-vient médiatique, où un territoire marginal redevient invisible dès que l’urgence cesse, met en lumière le rôle du regard extérieur. Un regard cadré, distancié, qui sélectionne, découpe et transporte une image préfabriquée d’un lieu relégué. Dans la vidéo, ce regard se traduit par des fragments de réalité, une perception morcelée qui interroge autant qu’elle révèle.
(Elisabeth Piskernik)
Avec le soutien de la Fondation Heinrich Böll Rabat (Ziad Naitaddi) et du Ministère Autrichien du Logement, des Arts, de la Culture, des Médias et du Sport (Anja Manfredi).
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Les Atlas
photo: Lisa Grosskopf
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